Interview d’Andrew Stokes, fondateur de The Law Machine

Bonjour Andrew. Tu viens nous présenter The Law Machine. Qu’est-ce ?

The Law Machine, c’est la rencontre entre deux mondes : l’informatique et le droit. C’est en fait mon histoire. À la fin de mes études d’ingénieur en informatique, je me suis réorienté vers le droit. J’ai exercé en tant que Solicitor dans des cabinets à Londres. En France j’ai obtenu le CAPA et j’ai travaillé comme juriste d’entreprise sur des contrats complexes internationaux. Ce projet est la réunion de ces deux compétences.

(English version at the end of the article)

Ainsi, The Law Machine est une plateforme cloud dédiée à la gestion du cycle des contrats, ou contract lifecycle management. Mon objectif : accélérer le processus contractuel d’une manière intuitive et visuelle.

Et comme je suis Franco-Britannique, installé en France depuis 17 ans, j’ai pensé l’outil à la fois en français et en anglais.

Comment t’est venue l’idée ?

En tant que juriste d’entreprise, j’ai pu identifier différentes difficultés. Par exemple, le département juridique est souvent le goulot d’étranglement dans divers processus qui dépendent des contrats, car leur rédaction est bien souvent manuelle. Or il y a peu de juristes, ce département étant souvent considéré comme un centre de coût.

Il faut inverser la tendance : il n’y a aucune raison pour qu’un service juridique ne soit pas une Business Unit comme les autres, avec des processus et des objectifs opérationnels visant à améliorer le service et la valeur ajoutée de la direction au sein de l’entreprise. Entre autres, ces idées font partie de celles du mouvement de Legal Operations.

Comment inverser cette tendance et transformer le service juridique en créateur de valeur ?

Pour inverser cette tendance, il faut regarder le processus contractuel, et voir où il peut être accéléré et amélioré.

Pour cela, The Law Machine intervient selon deux axes : l’automatisation de la création de contrats, et la gestion du cycle de vie du contrat.

The Law Machine – système de Contract Lifecycle Management

The Law Machine automatise la création de contrats en utilisant des bibliothèques de contenu juridique et des templates. Nous avons fait en sorte que le contenu et les templates soient manipulables visuellement – notre objectif est de permettre à toute personne qui sait utiliser une tablette d’automatiser un contrat avec notre outil. Certains templatessont déjà intégrés dans The Law Machine, mais pour mieux répondre à leurs besoins spécifiques, les entreprises peuvent aisément créer leurs propres bibliothèques de contenu et les templates qui leur conviennent. L’idée est alors de permettre aux juristes de définir un champ d’action dans lequel les opérationnels pourront générer des contrats  en toute autonomie et dans le respect de la politique contractuelle de l’entreprise.

Les outils de gestion du cycle de vie du contrat visent à :

– Sécuriser les données du contrat, au sens où elles sont facilement accessibles, pour s’y référer ou les modifier.

– Faciliter la mise à jour du socle de contenu juridique. L’outil permet d’effectuer une modification (par exemple la mise à jour d’une clause) qui apparaîtra simultanément dans l’ensemble des templates et des contrats qui en dépendent.

Nous voulons également améliorer le processus de négociation, de validation et de signature des contrats, notamment via l’échange de commentaires et d’approbations, et la signature électronique.

Est-ce la fin des juristes en entreprise ?

Pas du tout. Il s’agit surtout de protéger une ressource rare en entreprise : le temps des juristes. 

De plus, un juriste apporte énormément de valeur : anticiper les problèmes, traiter les risques stratégiques ou systémiques de l’entreprise, anticiper les réclamations, etc. Tout cela doit être préservé et augmenté, grâce à une réduction du temps passé sur des tâches automatisables. Je pense par exemple à la création de la table des définitions dans un contrat : The Law Machine la crée automatiquement.

Quels sont les avantages pour les entreprises ?

Ils sont multiples, mais citons principalement :

– l’accélération des dealflows,

– l’autonomie des collaborateurs, sans appel au juridique,

– l’amélioration de la gestion des risques,

– l’apprentissage organisationnel : on crée un socle de composants juridiques centralisé, pour ne pas réinventer la roue à chaque fois,

– plus de contrat perdu,

– des contrats accessibles à tous.

Il est beaucoup question d’Intelligence Artificielle en ce moment. The Law Machine est-elle une solution d’IA ?

À ce stade, The Law Machine n’utilise pas l’IA. Il est vrai que l’IA est très à la mode et pour certaines applications, ses techniques sont très efficaces. Dans mon expérience il faut bien choisir le problème qu’on essaie de résoudre avec l’IA – cela dépend en grande partie des données disponibles. Il faut également rester pragmatique et répondre en premier lieu aux besoins des utilisateurs. À ce stade, une programmation plus « classique » fait très bon ménage avec les problèmes techniques que la plateforme doit résoudre. Ce qui n’empêchera pas des développements futurs autour de l’IA, je pense notamment au traitement automatique du langage naturel.

Un dernier mot ?

Le monde de l’informatique a créé la notion d’open source, en partageant des informations, des modules de code ou des programmes complets, voire des systèmes d’exploitation. On constate le même esprit de partage dans d’autres domaines tel que le design digital. 

Le monde juridique n’a pas encore ce degré de partage ni de standardisation. Or si dans le monde de l’entreprise on peut partager son code et ses outils de design, il n’y a aucune raison pour que les juristes ne fassent pas pareil pour mettre leurs efforts en commun. Ça commence seulement – par exemple depuis 2015 la direction juridique d’Adobe a publié en mode open source son guide de style rédactionnel. Tout le monde peut s’en inspirer.

Depuis le départ nous avons prévu que The Law Machine puisse être capable de partager de manière réutilisable le contenu juridique que ses créateurs veulent bien mettre en commun. Nous entendons bien partager une bonne partie de notre contenu avec les utilisateurs de notre plateforme pour qu’ils ne repartent pas à zéro quand ils nous rejoignent.

Voilà l’enjeu d’un projet comme The Law Machine.


English version

Hello Andrew. Can you give us an overview of The Law Machine?

The Law Machine is a cross-over between two worlds, information technology and the law. In fact that’s pretty much my story – after studying computer systems engineering I became a lawyer. I practiced as a solicitor in the City firms in London. After coming to France I qualified as an avocat and worked in-house on international projects. The Law Machine draws together those two competencies.

The Law Machine is a cloud based contract lifecycle management platform. My objective is to make an intuitive visual platform that accelerates contract workflows.

As I am Anglo-French (I’ve lived in France since the early 2000s) the tool has been designed to work in French and English.

How did you get the idea?

When I was an in-house lawyer I could see a number of problems happening. For example, the legal departments that I worked for were often a bottleneck in a number of processes that depended on contracts. That was because the drafting process was usually manual. But there weren’t a lot of lawyers available – the legal department was considered a cost centre.

It was a situation that needed rethinking – there is no reason why an in-house legal function shouldn’t be a business unit like any other, with processes and operational objectives designed to improve service and add value within the business. Amongst others, these sorts of ideas are central to the Legal Operations movement.

So how do you make a legal function into a value creator?

As far as the contracting process is concerned, you need to look at the workflow as a whole and see where it can be accelerated and improved.

The Law Machine can contribute to that in two ways, by automating the creation of contracts and by improving their life cycle management.

The Law Machine automates contract creation by using libraries of legal content and templates. The content and the templates can be manipulated visually – our objective is to make it so anyone who can use a tablet can automate a contract with our tool. Some templates come as part of The Law Machine, but businesses can easily build their own content libraries and templates to suit their specific needs. The idea is to let the lawyers define a safe space for their business clients: they can independently generate contracts within the agreed boundaries and know that they’re complying with the business’ risk management policies.

The contract lifecycle management tools aim to:

– Capture the contracts’ data and make contracts easily accessible, for reference or amendment;

– Make updating legal content libraries really easy. The tool allows you to make a modification once (say updating a clause) and that change will flow through to wherever the item is used – all the templates and contracts that depend upon it.

We also want to improve the negotiation, approval and signature of contracts via a collaborative space for comments, amendments and approvals and the use of digital signatures.

Is this the end of in-house lawyers?

Not at all. The aim is to protect a scarce resource: lawyer time.

An inhouse lawyer can bring a lot of value when they are given that protection: she can anticipate problems, focus on strategic or systemic risks, head off claims and so forth. If she is not fire-fighting on tasks that can be automated, an in-house lawyer’s ability to do those things is vastly improved.

What are the advantages for businesses?

I can see a number of advantages, but I’d say:

– accelerated deal-flow,

– giving business users autonomy, without having to refer to legal,

– improving risk management,

– organisational learning: a single body of legal components can be created so people aren’t reinventing the wheel,

– not losing agreements,

– everyone having access to contractual documentation for reference.

There is a lot of talk about Artificial Intelligence at the moment. Is The Law Machine an AI solution?

At this stage The Law Machine does not use AI. It’s true that AI is very fashionable right now, and it can be very effective for certain applications. In my experience you have to make sure you’ve picked the right problem to solve with AI and a lot depends on the data that is available to work with. 

You also have to be very pragmatic and above all respond to what your users need. Currently we’ve found that a more “classical” approach has worked well for the types of technical problems that we’ve had to solve for the platform. But that doesn’t mean AI will never be used in the future – I’m thinking in particular of some of the things you can do with natural language processing techniques.

A last word ?

The notion of “open source” originated in the IT world – developers allowing information, modules of code, whole applications or even operating systems to be shared and collaborated on freely. The same outlook can be found in other areas, such as digital design. The legal world hasn’t yet developed the same degree of collaborative ‘openness’ or standardisation. But if in the business world you can share your code or your design tools, there’s no reason why lawyers shouldn’t do the same.

It is starting, slowly. For example since 2015 the in-house legal function at Adobe has published an open source legal drafting style guide. Anyone can use or adapt it.

From the outset we’ve designed The Law Machine to be able to share items of reusable legal content, if the authors want that to happen. We intend to share a good part of the legal content that we create with the users of our platform so that they aren’t starting from a blank sheet when they join us.

That’s the sort of potential that a project like The Law Machine has.

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